CARSAT Centre Ouest
Une problématique double mais des effets liés
Souvent abordés séparément dans la prévention, les risques psychosociaux (RPS) et les troubles musculosquelettiques (TMS) s’alimentent mutuellement. Comprendre le lien entre les deux est clé pour la prévention en entreprise.
Les RPS : des facteurs de risques professionnels pouvant découler directement de l’activité exercée ou de l’organisation du travail et des relations entre collègues. Ils englobent des situations marquées par le stress, les violences internes telles que le harcèlement moral ou sexuel, les conflits, ainsi que les agressions verbales ou physiques commises par des personnes extérieures à l’entreprise (insultes, menaces, agressions…). Les effets sur la santé peuvent être multiples : troubles du sommeil, anxiété, dépression, épuisement professionnel (burn-out), voire des pathologies somatiques.
Les TMS : sont des maladies professionnelles qui touchent l’appareil locomoteur et sont en lien avec l’activité de travail. Les facteurs de risques incluent les gestes répétitifs, les postures contraignantes, les efforts physiques intenses, le manque de récupération ainsi que des facteurs organisationnels ou psychosociaux. Ils affectent les muscles, les tendons et les nerfs des bras et des jambes, et se traduisent par des douleurs, une gêne, une raideur, ou encore une perte de force ou de sensibilité, notamment au niveau du cou, des épaules, des coudes et des poignets.
Pour en savoir plus, consultez la fiche sur les
Troubles musculosquelettiques (TMS) de l’INRS.
Les RPS et les TMS ne se limitent pas à des conséquences sur la santé des salariés, ils entraînent également des répercussions collectives et organisationnelles : absentéisme, turnover, démotivation des équipes, dégradation du climat social.
Ces effets nuisent à la qualité du travail, à la productivité, et à l’image de l’entreprise.
Décryptage
Le stress lié à la pression temporelle, le manque de reconnaissance ou les conflits au travail peuvent non seulement accentuer les douleurs physiques mais aussi en favoriser l’apparition et freiner la récupération musculaire.
Prenons l’exemple d’un agent de production soumis à une cadence trop élevée. Pour suivre le rythme, il accélère ses gestes, adopte des postures contraignantes et finit par soulever des charges plus lourdes. Ce type de situation augmente le risque d’accidents du travail et de douleurs physiques qui peuvent amener à des TMS.
Des cas similaires existent aussi dans les activités bureautiques. Le sentiment d’urgence pour atteindre les objectifs peut pousser les salariés à se crisper dans leurs postures, à réduire leurs pauses, à rester connectés en permanence, à dépasser leurs horaires habituels et à créer un déséquilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Le stress tend les muscles, diminue la circulation sanguine dans les extrémités et intensifie les tensions physiques. Certaines études montrent, par exemple, que la détresse psychologique liée au harcèlement moral au travail est associée à la cervicalgie [1-2].
Les effets des facteurs organisationnels et psychosociaux sur les TMS sont désormais bien documentés dans les études en santé et sécurité au travail (par exemple, [3-4]).
Voici un schéma qui représente le lien entre les deux :
Figure 1. Mécanisme simplifié du lien entre les RPS et les TMS. Basé sur Hauke et al. (2011) [5].
En complément, un bon soutien social ou une autonomie adaptée – ce que l’on appelle des facteurs positifs ou « ressources » – peuvent atténuer les effets des « contraintes ».
Cela dit, les actions de prévention doivent avant tout viser à réduire les contraintes, comme l’intensité du travail, tout en renforçant les ressources disponibles.
Quelques recommandations
Les entreprises qui s’engagent dans une démarche de prévention doivent éviter les actions ponctuelles, individuelles et cloisonnées. Il est préférable de privilégier des approches participatives, telles que les démarches de prévention des RPS [6] et des TMS [7] préconisées par l’INRS. Ces démarches sont formalisées, portées par des engagements paritaires et menées en mode projet.
La prévention des TMS passe aussi par l’évaluation et la prise en compte des facteurs psychosociaux qui, comme abordé précédemment, influencent leur apparition et leur aggravation.
Jorge VELILLA
PhD, psychologue du travail à la CARSAT Centre-Ouest.
Muriel BEAULIEU
Ingénieure Conseil Régionale à la CARSAT Centre-Ouest.
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Références
[1] Kääriä, S., Laaksonen, M., Rahkonen, O., Lahelma, E., & Leino-Arjas, P. (2012). Risk factors of chronic neck pain: a prospective study among middle-aged employees. European journal of pain (London, England), 16(6), 911–920.
[2] Glambek, M., Nielsen, M. B., Gjerstad, J., & Einarsen, S. (2018). Gender differences in the relationship between workplace bullying and subjective back and neck pain: A two-wave study in a Norwegian probability sample. Journal of psychosomatic research, 106, 73–75.
[3] Graveling, R., Smith, A., Hanson, M. (2021). Musculoskeletal disorders: Association with psychosocial risk factors at work. European Agency for Safety and Health at Work. https://osha.europa.eu/sites/default/files/2021-11/MSDs_association_pshychosocial_risks_factors_at_work_executive_summary.pdf
[4] Boini, S, Colin, R., Langevin, V., Gautier, M.A. (2024). Effets des expositions psychosociales sur la santé des salaries. Mise à jour des connaissances épidémiologiques. Références en santé au travail, 180, 97-111.
[5] Hauke, A., Flintrop, J., Brun, E. & Rugulies, R. (2011). The impact of work-related psychosocial stressors on the onset of musculoskeletal disorders in specific body regions: a review and meta-analysis of 54 longitudinal studies. Work & Stress, 25(3), 243-256
[6] INRS (2025, mars). ED 6518 : Démarche de prévention des troubles musculosquelettiques (TMS). https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206518
[7] INRS (2024, novembre). ED 6349 : Risques psychosociaux. Comment agir en prévention ? https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206349
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